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17 novembre 2021
Yann LEMOINE Ingénieur Paris Grignon (2007)

Portrait - Yann Lemoine, un homme de convictions en quête d’impact

De l’Agro à la méthodo empreinte eau

Depuis tout petit, Yann Lemoine (PG 07) veut suivre les traces de son père ingénieur agronome dont la carrière dans la coopération internationale, notamment en Afrique subsaharienne, le fait rêver. Après un IUT génie biologique option agronomie, Yann intègre donc AgroParisTech avec la volonté de faire du développement agricole à l’étranger mais au cours de sa formation, il opte finalement par pragmatisme pour la spécialité environnement (IDEA).

Il complète son parcours académique avec le Master Spécialisé EnvIM des Mines. Cette formation axée sur l’environnement dans une approche industrielle et internationale se compose de 4 mois de cours à Fontainebleau, 4 mois à Pékin puis 6 mois de mission professionnelle (stage). EDF finance le MS et accueille Yann en 2012 pour travailler sur le développement d’une méthode pour mesurer l’empreinte eau du secteur énergétique pour le compte du Conseil Mondial de l’Eau et du Conseil Mondial de l’Energie.

« L’objectif était de déterminer un langage et des indicateurs communs pour que tout énergéticien dans le monde puisse calculer son risque par rapport à l’eau (approvisionnement, impact de sites…) »

Yann est engagé à l’issue de son stage pour poursuivre le développement de la méthodologie. Il apprécie d’une part ses responsabilités en qualité de co-chef de projet lui permettant d’animer des ateliers et workshops avec des experts du monde entier et d’autre part le coté atypique du projet qui permet un fonctionnement plus agile en interne chez EDF. Et avant tout, il aime faire partie d’un projet ambitieux cherchant à réduire l’impact de l’humanité sur la planète.

Des convictions environnementales et sociétales fortement ancrées

A la fin de ce projet atypique, Yann a du mal à rebondir chez EDF qui ne lui propose que des missions où il a du mal à trouver de l’ambition et du sens. En 2018, il quitte donc le groupe pour rejoindre ForCity, une start-up ambitieuse qui développe des logiciels d'aide à la décision pour le développement urbain (gestion de l’eau, de déchet, de transport, d’énergie) à l'intention des autorités publiques et des entreprises. Malheureusement, en juin 2019, la structure est placée en redressement judiciaire puis liquidée en août. Mais Yann démontre sa capacité à tirer profit d’un contexte négatif. Elu représentant du personnel, il enrichira ses connaissances en occupant une place décisive pour suivre de près la clôture de cette start-up au Tribunal de Commerce.

Homme de convictions, Yann ne court pas après l’or comme en témoigne ses rémunérations qui suivent plutôt une tendance dégressive. Ce qui l’anime c’est d’avoir un impact et contribuer à la transformation de notre modèle socio-économique qu’il juge totalement obsolète au vu des enjeux environnementaux et sociaux auxquels fait face l’humanité. Si la facilité aurait voulu qu’il retrouve un emploi salarié, Yann décide de rebondir autrement.

L’entreprenariat : vers la fin du modèle consumériste ?

Il sort de ses tiroirs une idée qui avait émergée alors qu’il était chez EDF. Très vite, il s’inscrit à un concours d’innovation et rencontre différents acteurs pour sonder la faisabilité de son projet. Les nombreux retours positifs le confortent dans l’idée de lancer « Les biens en communs ».

Convaincu que le modèle de production et consommation de masse va droit dans le mur, Yann propose de s’attaquer à la surconsommation d'équipements domestiques. Aujourd’hui, un aspirateur est vendu toutes les 10 secondes en France mais n’est utilisé en moyenne qu’une fois par semaine. Une perceuse est utilisée en moyenne 15 minutes au cours de sa vie. Une aberration pour la planète et pour la collectivité qui doit gérer les déchets.

« Dans un premier temps on ne peut cependant s’attendre à ce que les gens renoncent à la consommation pour des raisons environnementales. La mutualisation apparait donc comme une bonne solution mais il faut trouver une alternative à la propriété donnant envie à l’utilisateur de basculer de la propriété à l’utilisation ! »

Pour répondre à ce défi, Yann propose de développer un service de location de petits électroménagers au sein de résidence via des casiers connectés installés dans le hall d’entrée. Les habitants y ont accès à travers une interface numérique leur permettant notamment de réserver les appareils : aspirateur, fer à repasser, raclette, crêpière, mixeur, perceuse, vidéoprojecteur, etc.

« Il s’agit en fait de répliquer aux appareils domestiques ce qui a fonctionné avec les vélos en libre-service mais à l’échelle d’un collectif d’habitants. Le service propose ainsi aux habitants les mêmes avantages que la propriété, les avantages d’un service géré par un tiers et les avantages de la mutualisation »

Dès janvier 2020, il est incubé à Lyon dans un incubateur de l’économie sociale et solidaire et sa PME innovante est actuellement en phase de « preuve de concept » via un prototype déployé dans une résidence étudiante. L’objectif est à présent de consolider le modèle en déployant le service dans quelques résidences supplémentaires début 2022, avant de le déployer plus largement et de l’étendre à d’autres types de résidences : HLM, privés, nouveaux programmes immobiliers, services, etc.

L’ambition de Yann n’est pas de créer une licorne et de maximiser son profit, mais d’insuffler un véritable changement de consommation et d’avoir le plus fort impact possible. L’ambition est de faire de son concept la façon standard d’utiliser du petit électroménager en 2050 dans l’intérêt de l’individu, de la collectivité et de l’humanité.

Conscient qu’il ne peut plus porter cette ambition seule, il cherche activement un associé avec un profil entrepreneurial généraliste avec une appétence pour la compréhension utilisateur. Plus largement, il a toujours cherché à s’entourer de partenaires pour mener à bien ce projet ambitieux et est déjà accompagné par de gros acteurs comme Seb, Leroy Merlin, Boulanger, Ecosystem, la Macif et la BPI… En parallèle, il souhaite impliquer les pouvoirs publics (Ville de Lyon, Métropole de Lyon…) pour développer un vrai projet ambitieux de territoire autour d’une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif), modèle qui pourrait être reproduit sur d’autres territoires pour essaimer le concept.  

Si des alumni pensent pouvoir concourir au développement du projet à leur niveau ou en le mettant en relation avec d’autres contacts, n’hésitez pas à prendre contact avec lui. Convaincu que les brevets ne devraient pas exister pour construire plus vite le monde de demain, Yann n’a pas l’intention de protéger son idée, au contraire il est ouvert à mutualiser ses connaissances avec des entrepreneurs qui auraient envie de développer le concept dans d’autres villes. A bon entendeur 😊



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